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Le nom Jéhovah est attesté par l’histoire

Certains affirment que le nom de Dieu Jéhovah est une invention des Témoins de Jéhovah. Cette affirmation est fausse dans les faits, puisque le nom des Témoins de Jéhovah a été adopté en 1931 alors que le nom Divin, sous diverses orthographes latines (Iehoua, Iohouah, Iehovah, Jehova, Jéhovah), abonde dans la littérature européenne depuis 1278, soit plus de six siècles avant leur existence moderne. Ces formes latines dérivent toutes du tétragramme hébreu יהוה, dont la vocalisation massorétique ‘Yehowah’ est analysée dans deux autres articles dédiés sur cette page.
Ce document rassemble les attestations les plus significatives, organisées chronologiquement, couvrant sept siècles. Elles traversent tous les milieux : théologie catholique et protestante, philologie hébraïque, littérature, poésie, musique sacrée, arts visuels, architecture, lexicographie officielle et presse religieuse. À partir du XVIIe siècle, le nom Jéhovah franchit également les frontières de l’Europe, transporté par les Bibles protestantes dans les colonies hollandaises, par les missionnaires en Amérique du Nord et jusqu’aux communautés autochtones. Le nom Jéhovah n’appartient à aucune confession particulière. Il appartient à l’histoire du Dieu Tout Puissant qui se révèle à l’humanité …


LES ORIGINES MÉDIÉVALES


Avant l’imprimerie, avant la Réforme, avant tout débat confessionnel moderne, le nom Jéhovah existe déjà dans des manuscrits latins. Sa trace la plus ancienne identifiable remonte à l’œuvre d’un dominicain espagnol du XIIIe siècle.

1 – Raymundus Martini
Ramon Martí (latinisé Raymundus Martini, vers 1220-1285) était un frère prêcheur dominicain de Catalogne, hébraïste remarquable formé à l’étude des sources rabbiniques. Son ouvrage apologétique Pugio Fidei (‘Poignard de la Foi’) est une réfutation savante du judaïsme destinée aux théologiens chrétiens. C’est dans ce texte que l’on trouve la première occurrence connue d’une translittération latine du tétragramme proche de Jéhovah : les formes Yohoua et Iehoua, équivalents directs de Yehowah.
Un manuscrit du Pugio Fidei est conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris (ms. Latin 1405, autographe). L’ouvrage est daté du dernier quart du XIIIe siècle — environ 1278. C’est la plus ancienne attestation documentée et localisable du nom sous sa forme latine. L’édition imprimée, procurée par Joseph de Voisin, paraît à Paris en 1651.

2 – Porchetus de Salvaticis
Théologien du XIVe siècle, Porchetus de Salvaticis s’appuie largement sur les travaux de Martini dans son ouvrage polémique ‘Victoria Porcheti adversus impios Hebraeos’ de 1303. Il utilise les formes Iohouah, Iohoua et Ihouah, toutes équivalentes latines de Yehowah, pour désigner le Dieu de la Bible. Ce texte précède de plus de deux siècles la date souvent citée de 1516, attribuée à tort à Petrus Galatinus comme prétendu inventeur du nom.
Le théologien Drusius lui-même a redécouvert et mentionné ce fait dans Critici Sacri (Amsterdam, 1698, col. 351), avant d’oublier cette découverte dans sa vieillesse, déclenchant ainsi par inadvertance le mythe de l’invention par Galatinus.

3 – Petrus Galatinus
Franciscain, confesseur du pape Léon X, Petrus Galatinus n’est pas l’inventeur du nom : c’est un transmetteur. Dans son ouvrage ‘De Arcanis Catholicae Veritatis’ de 1516, il utilise la forme Iehoua et précise lui-même que cette forme était déjà connue et en usage de son temps. Pendant des siècles, des encyclopédies peu rigoureuses ont fait de Galatinus l’inventeur du nom Jéhovah. Les sources médiévales de Martini et Porchetus réfutent définitivement cette affirmation.


LA RÉFORME ET LES PREMIÈRES BIBLES IMPRIMÉES


L’invention de l’imprimerie, vers 1450, et la Réforme protestante, à partir de 1517, ont donné au nom Jéhovah une diffusion sans précédent. Les grandes figures de la Réforme et les premiers traducteurs de la Bible en langues vernaculaires ont massivement adopté ce nom. Puis, au XVIIe siècle, des traductions en néerlandais, portugais et dans une langue amérindienne l’ont exporté hors d’Europe.

1 – Martin Luther
Martin Luther, traducteur de la Bible en allemand et fondateur du protestantisme luthérien, s’est exprimé clairement sur le nom Divin. Dans son sermon de 1526 sur Jérémie 23.1-8, il écrit : ‘Ce nom Jéhovah, Seigneur, appartient exclusivement au vrai Dieu.’ En 1543, dans ses écrits polémiques, il ajoute avec sa franchise caractéristique : ‘Que les Juifs prétendent que le nom Jéhovah est imprononçable, ils ne savent pas de quoi ils parlent… Si cela peut être écrit avec de l’encre, pourquoi ne pourrait-il pas être prononcé ?’ Luther connaissait le nom, en reconnaissait la légitimité, et défendait sa prononciation publique.

2 – William Tyndale
William Tyndale (vers 1494-1536), premier traducteur de la Bible directement de l’hébreu vers l’anglais, intègre le nom Divin sous la forme Iehouah dans plusieurs versets de son Pentateuque imprimé à Anvers en 1530. Dans sa préface, il écrit explicitement : ‘Iehovah est le nom de Dieu… Aussi souvent que vous verrez LORD en grandes lettres, c’est en hébreu Iehovah.’ C’est la première occurrence imprimée du nom dans une Bible en langue anglaise, un siècle avant la King James Version.

3 – Bible Olivétan
Pierre Robert Olivétan (vers 1506-1538), cousin de Calvin, publie en 1535 la première traduction intégrale de la Bible directement de l’hébreu vers le français. Le tétragramme y est généralement rendu par ‘l’Éternel’, mais le nom Jéhovah apparaît à plusieurs endroits du texte lui-même, conformément à l’usage philologique protestant du XVIe siècle. C’est dans cette tradition que s’inscrit la philologie protestante française du XVIe siècle.

4 – Biblia Reina-Valera
La Bible Reina-Valera, traduction protestante espagnole révisée en 1602, utilise Jehová dans le texte biblique lui-même, pas seulement dans les notes. Cette forme est toujours en usage dans de très nombreuses éditions protestantes du monde hispanique, quatre siècles plus tard. C’est la Bible la plus lue en Amérique latine.

5 – Bible de Giovanni Diodati
Le théologien calviniste Giovanni Diodati (1576-1649), professeur à l’Académie de Genève, publie en 1607 sa traduction italienne de la Bible, qui fera autorité dans le protestantisme de langue italienne. Ses préfaces et notes mentionnent Geova (forme italienne de Jéhovah) comme nom propre du Dieu de la Bible.

6 – King James Version
La King James Version, commandée par le Roi Jacques Ier d’Angleterre et publiée en 1611, est la Bible la plus influente du monde anglophone, avec des centaines de millions de lecteurs sur quatre siècles. Elle utilise JEHOVAH en toutes majuscules dans quatre versets explicites : Exode 6.3, Psaume 83.18, Ésaïe 12.2 et Ésaïe 26.4. Ces passages sont précisément ceux où la Bible hébraïque signale que le Nom doit être connu et utilisé. Le choix des traducteurs de la KJV n’est pas anodin, c’est une affirmation théologique délibérée.

7 – Bible Staten Vertaling
La Staten Vertaling, ‘Traduction des États’, commandée par le Synode de Dordrecht (1618) et publiée en 1637, est la première traduction de la Bible en néerlandais directement réalisée à partir des textes originaux hébreux et grecs. Dans ses notes de lecture, les traducteurs explicitent clairement que partout où le lecteur voit le mot HEERE, ‘Seigneur’, en grandes lettres, le texte hébreu porte le mot IEHOVAH. Cette explication, imprimée dans la Bible elle-même, confirme que ses traducteurs reconnaissaient pleinement IEHOVAH comme le nom propre du Dieu de la Bible.
La Staten Vertaling a exercé une influence considérable bien au-delà des Pays-Bas : elle a été transportée dans les colonies hollandaises d’Asie (Java, Ceylan, Malacca) et d’Amérique, et elle a inspiré une traduction anglaise par Theodore Haak (1657) commandée par la Chambre des Lords. En diffusant le nom IEHOVAH dans l’empire colonial néerlandais, elle a contribué à sa mondialisation.

8 – João Ferreira de Almeida
João Ferreira de Almeida (1628-1691), missionnaire protestant d’origine portugaise travaillant en Asie du Sud-Est pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, publie en 1681 à Amsterdam le premier Nouveau Testament intégral en langue portugaise. Un exemple remarquable de la fidélité de sa traduction est l’emploi qu’il fait du nom Divin pour rendre le tétragramme hébreu dans les éditions ultérieures. Cette Bible, progressivement complétée après la mort d’Almeida, est parue en un volume en 1753. Elle devient la référence du protestantisme lusophone sur plusieurs continents ; Brésil, Portugal, Angola, Mozambique, Inde, Indonésie avec la référence ‘Jehovah’ omniprésente. Elle est, encore aujourd’hui, la Bible la plus lue dans le monde de langue portugaise.
Almeida naît en 1628 au Portugal, convertit au protestantisme à quatorze ans à Malacca, et consacre sa vie entière à cette traduction réalisée dans les Indes orientales hollandaises, c’est-à-dire à des milliers de kilomètres de l’Europe. Son œuvre illustre que le nom Jéhovah est aussi une histoire asiatique et atlantique, pas seulement européenne.

9 – John Eliot et la Bible massachusett
John Eliot (1604-1690), missionnaire puritain anglais établi à Roxbury (Massachusetts), publie en 1663 à Cambridge (Massachusetts) la première traduction intégrale de la Bible en langue amérindienne, le dialecte massachusett des Algonquins. Intitulée ‘Mamusse Wunneetupanatamwe Up-Biblum God’ (‘La Sainte Bible de Dieu’ en massachusett), cette Bible est non seulement la première Bible imprimée dans tout l’hémisphère occidental, mais aussi la première fois dans l’histoire que la totalité des Saintes Écritures est traduite et imprimée dans une nouvelle langue à des fins missionnaires.
Cette entreprise, financée par la ‘Society for the Propagation of the Gospel in New England’ avec l’appui du Parlement anglais, transporte le nom Divin, tel que défini par la tradition hébraïque et biblique, jusqu’aux communautés autochtones d’Amérique du Nord. Mille exemplaires sont imprimés en 1663. Eliot, qui avait appris le dialecte massachusett pour prêcher dans cette langue, consacre plus de quinze ans à cette traduction. Une grande partie des exemplaires est détruite lors de la guerre du Roi Philip (1675). Une seconde édition paraît en 1685.

10 – Annotations in Vetus Testamentum d’Hugo Grotius
Hugo Grotius (1583-1645), juriste, théologien et philologue néerlandais, l’un des fondateurs du droit international moderne, utilise systématiquement Jehova dans ses annotations philologiques sur l’Ancien Testament. Sa stature intellectuelle en fait un témoin de premier rang : chez Grotius, l’emploi du nom n’est pas une convention liturgique mais un choix érudit et réfléchi.


L’ÂGE CLASSIQUE ET LES LUMIÈRES


Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le nom Jéhovah est pleinement installé dans la culture européenne savante et populaire. Il entre dans les dictionnaires officiels, dans la grande littérature et dans les encyclopédies. Un hymne gallois du XVIIIe siècle l’exporte dans le monde chrétien.

1 – Agrippa d’Aubigné
Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630), poète protestant, soldat et historien, est l’auteur de ‘Les Tragiques’ (1616), épopée monumentale et fondamentale de la littérature française. Le nom Jéhovah y apparaît plusieurs fois dans des contextes théologiques et prophétiques. Ce texte, étudié dans les lycées et universités françaises, est une preuve que le nom Jéhovah était courant dans la littérature protestante française du XVIIe siècle.

2 – John Milton
John Milton (1608-1674), considéré comme l’un des plus grands poètes de la langue anglaise, publie en 1667 ‘Paradise Lost’ (Le Paradis perdu), épopée biblique en vers. Le nom JEHOVAH y apparaît explicitement dans le texte, preuve que ce nom était le terme naturel et attendu pour désigner le Dieu de la Bible dans la grande littérature anglaise du XVIIe siècle.

3 – Dictionnaire de l’Académie française (1694 et 1762)
Le Dictionnaire de l’Académie française, autorité suprême de la langue française, intègre l’entrée JÉHOVAH dès sa première édition de 1694, puis dans sa troisième édition de 1762. Le nom de Dieu en hébreu est donc officiellement reconnu comme appartenant au vocabulaire français, non comme un terme exotique ou sectaire, mais comme un nom propre établi. Cette double attestation académique, à un siècle d’intervalle, confirme la stabilité du terme dans la langue.

4 – Dictionnaire de Trévoux
Le Dictionnaire universel de Trévoux, publié par des jésuites et faisant autorité dans la lexicographie catholique française, consacre une entrée détaillée à JÉHOVAH dans son édition de 1771. C’est une reconnaissance catholique officielle du nom dans un dictionnaire de référence. Les jésuites n’avaient aucune raison de populariser un terme qui leur aurait semblé erroné ou impropre.

5 – William Williams / Peter Williams
William Williams (1717-1791), prédicateur méthodiste gallois surnommé le ‘Barde de Pantycelyn’, compose en 1745 un hymne en gallois intitulé ‘Arglwydd, arwain trwy’r anialwch’, ‘Seigneur, guide-moi à travers le désert’. En 1771, Peter Williams en publie une traduction anglaise dont le premier vers commence par les mots ‘Guide me, O thou great Jehovah‘, ‘Guide-moi, ô toi, grand Jéhovah’, plaçant le nom Jéhovah en tête de l’hymne. Williams lui-même publie une autre traduction anglaise la même année, qui commence identiquement.
Traduit dans soixante-quinze langues, cet hymne est l’un des plus chantés du monde chrétien. Il a été interprété lors du mariage du prince William et de Catherine Middleton à l’abbaye de Westminster en 2011, et lors des funérailles de la princesse Diana en 1997. Malheureusement, le nom Jéhovah a été censuré dans les révisions mais les originaux restent consultables …


ARTS, ARCHITECTURE, ICONOGRAPHIE


Le nom Jéhovah ne vit pas seulement dans les bibliothèques et les textes savants. Il est gravé dans la pierre, peint dans les fresques, coloré dans les vitraux.

1 – Église Saint-Sulpice (Paris)
L’église Saint-Sulpice de Paris, l’une des plus grandes églises de la capitale, abrite des fresques monumentales du XVIIIe siècle. Le triangle Divin, symbole de la Trinité, y est représenté portant explicitement le nom JÉHOVAH inscrit à l’intérieur. Cette fresque n’a jamais été effacée. Elle est visible aujourd’hui. C’est une attestation catholique permanente, gravée dans un édifice religieux de premier plan, que Jéhovah était bien le nom du Dieu biblique dans la tradition catholique française.

2 – Vitraux de la Cathédrale de Cologne
La cathédrale gothique de Cologne, l’une des plus importantes d’Europe et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, possède des vitraux du XVe siècle où le nom JEHOVA apparaît dans les scènes de l’Ancien Testament. Ces vitraux médiévaux précèdent la Réforme, et leur existence prouve que le nom était utilisé dans l’iconographie catholique bien avant tout débat confessionnel moderne.

3 – Gravures de Bernard Picart
Bernard Picart (1673-1733), graveur français établi à Amsterdam, est célèbre pour ses Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde (1723-1743), ouvrage encyclopédique illustré de référence sur les religions du monde. Ses planches représentent le tétragramme sous la forme JEHOVAH ou JHVH dans un triangle rayonnant, conformément à l’iconographie chrétienne de l’époque. (Recherchez : Bernard Picart tétragramme).

4 – Iconographie protestante européenne
Dans tout le protestantisme européen du Nord, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Scandinavie, les tableaux, gravures et vitraux portent régulièrement JEHOVA ou JÉHOVAH dans un triangle ou un nuage rayonnant, souvent au-dessus des scènes de l’Ancien Testament. Ces œuvres sont conservées dans les musées nationaux et les bases iconographiques de ces pays.


MUSIQUE SACRÉE


La musique sacrée constitue un témoignage particulièrement frappant. Le texte d’un oratorio ou d’un motet est fixé, publié, exécuté en public devant des milliers d’auditeurs. Utiliser le nom Jéhovah dans un livret ou un titre musical, c’est l’inscrire dans la mémoire collective.

1 – Henry Purcell
Henry Purcell (1659-1695), compositeur baroque anglais, l’un des plus grands musiciens de son temps, intitule l’un de ses motets ‘Jehova, quam multi sunt hostes mei’ (Z135), adaptation latine du Psaume 3. Le nom figure explicitement dans le titre de l’œuvre. Cette pièce est référencée dans le catalogue Zimmermann sous le numéro Z135 et fait partie du répertoire classique.

2 – Georg Friedrich Haendel
Georg Friedrich Haendel (1685-1759), compositeur germano-britannique auteur du célèbre Messie, compose en 1739 l’oratorio ‘Israel in Egypt’, dont le livret en anglais contient plusieurs occurrences de Jehovah. L’oratorio est créé à Londres et connaît une diffusion européenne. C’est l’une des œuvres les plus jouées du répertoire de musique sacrée.

3 – Félix Mendelssohn
Félix Mendelssohn (1809-1847), compositeur allemand, crée en 1846 l’oratorio ‘Elias’ (version allemande) ou ‘Elijah’ (version anglaise), l’une de ses œuvres maîtresses. Le livret, dans certaines premières éditions et dans la version anglaise, contient le nom Jehova dans les passages directement inspirés des livres des Rois. Mendelssohn lui-même supervisa ces éditions.


XIXe SIÈCLE : ÉRUDITION, PHILOLOGIE, THÉOLOGIE


Le XIXe siècle est le siècle où le nom Jéhovah connaît sa plus grande diffusion culturelle, dans les dictionnaires, les encyclopédies, la grande littérature et les ouvrages théologiques de référence.

1 – Victor Hugo
Victor Hugo (1802-1885), à seulement 21 ans, consacre une ode entière au nom Divin dans son recueil Odes (2e édition, Paris, Pélicier, 1823, 222 pages, tirage de 400 exemplaires). L’ode est intitulée ‘Jehovah‘. Cet écrivain renommé, qui ne sera jamais suspect d’allégeance aux Témoins de Jéhovah, choisis ce nom comme titre d’une œuvre poétique de jeunesse est une attestation culturelle de première importance.

2 – Paul Drach
Le chevalier Paul-Louis-Bernard Drach (1791-1865) est un rabbin alsacien converti au catholicisme en 1823, orientaliste, philologue hébraïste de premier rang. Il est nommé bibliothécaire de la Propagande à Rome et entre dans les ordres. Son ouvrage majeur, ‘De l’harmonie entre l’Église et la Synagogue’ (Paris, Paul Mellier, 1844, 2 volumes), est un traité érudit sur les racines hébraïques du christianisme. Il y utilise systématiquement les formes Jéhova et Yehova pour désigner le Dieu de la Bible, en s’appuyant sur sa double formation rabbinique et catholique.
Drach est l’une des sources les plus précieuses du débat. Converti sincère, érudit en hébreu, reconnu par les autorités catholiques, il utilise Jéhovah non par tradition protestante mais par conviction philologique. Son ouvrage, publié avec l’approbation ecclésiastique, est disponible à la Bibliothèque nationale.

3 – Herman Melville
Herman Melville (1819-1891), auteur américain, publie en 1851 ‘Moby Dick’, roman considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Le nom Jehovah y apparaît dans plusieurs passages à tonalité biblique et prophétique. Ce témoignage littéraire confirme que le nom était le terme naturel et spontané pour désigner le Dieu biblique dans la culture anglophone du XIXe siècle.

4 – Alexandre Westphal
Alexandre Westphal (1862-1939), théologien protestant français, publie en 1908 chez la Librairie Générale et Protestante (Paris) un ouvrage de 711 pages intitulé ‘Jéhovah. Les étapes de la révélation’ (2e édition). Ce titre est lui-même une attestation d’un théologien protestant académique du début du XXe siècle qui nomme son ouvrage de référence d’après le nom Jéhovah, sans la moindre gêne. L’ouvrage connaît une large diffusion dans les milieux protestants francophones.

5 – R.P. Berthe
L’abbé Berthe publie chez la Librairie Tequi de Paris, maison d’édition catholique de référence, fondée en 1877, qui publie des ouvrages de spiritualité approuvés par l’Église, un ouvrage intitulé ‘Jéhovah et son peuple’ (474 pages). Un prêtre catholique assume le nom Jéhovah dans le titre d’un ouvrage de catéchèse publié par une maison catholique officielle. L’approbation ecclésiastique qui accompagnait ce type d’ouvrage implique que le nom n’était pas jugé problématique par les autorités de l’Église à l’époque de sa publication.


DICTIONNAIRES, ENCYCLOPÉDIES ET RÉFÉRENCES OFFICIELLES


Les dictionnaires et encyclopédies sont des témoins particulièrement fiables. Ils n’ont pas d’agenda confessionnel, ils reflètent l’usage établi et reconnu dans une culture donnée à un moment donné.

1 – Larousse
Pierre Larousse (1817-1875) publie entre 1866 et 1890 son Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle en 15 volumes, encyclopédie de référence de la France républicaine et laïque. Le nom Jéhovah y apparaît comme terme usuel pour désigner le Dieu de la Bible dans les articles relatifs à la religion hébraïque et aux textes bibliques. Aucun commentaire de rejet ou de réserve n’accompagne son emploi. C’est simplement le nom normal.

2 – Vigouroux
Le Père Fulcran Vigouroux (1837-1915), prêtre sulpicien, professeur à l’Institut Catholique de Paris puis secrétaire de la Commission Pontificale Biblique à Rome, publie entre 1891 et 1912 son ‘Dictionnaire de la Bible’ en 5 volumes, sous l’impulsion de l’encyclique Providentissimus Deus du pape Léon XIII. Cet ouvrage fait autorité dans la biblique catholique française. Il utilise le nom Jéhovah dans ses articles, conformément à l’usage traditionnel catholique. C’est la référence catholique officielle de son temps.

3 – Dictionnaire de Théologie Catholique
Le Dictionnaire de Théologie Catholique, publié à partir de 1903 sous la direction d’Armand Vacant et Eugène Mangenot, est la somme théologique catholique française du XXe siècle naissant. Il consacre un article au tétragramme et au nom Divin, dans lequel le terme Jéhovah est traité comme la forme historique légitime, héritée de la tradition savante chrétienne.

4 – Calmet
L’abbé Augustin Calmet (1672-1757), bénédictin, publie son Dictionnaire historique, critique, chronologique, géographique et littéral de la Bible (Paris, 1722-1728), plusieurs fois réédité au XVIIIe et au XIXe siècle. Il utilise le nom Jéhovah comme terme de référence pour le nom personnel du Dieu de la Bible. Calmet étant catholique et bénédictin, son emploi du nom ne doit rien à l’influence protestante.


PRESSE, TIMBRES ET MONNAIES


1 – Revue Jérusalem
La revue mensuelle illustrée Jérusalem, publiée par la Maison de la Bonne Presse de Paris (n° 183, 32 pages), publication catholique officielle, contient en 1935 un article intitulé ‘Le Temple de Jéhovah’. Une publication catholique officielle, à moins de 40 ans de l’essor des Témoins de Jéhovah en France, utilise encore naturellement le nom Jéhovah dans ses titres. La rupture viendra plus tard, dans les années 1950-1970, avec l’adoption de Yahvé dans les grandes traductions catholiques.

2 – Les thalers allemands
Parmi toutes les attestations du nom Jéhovah dans la culture européenne, les monnaies sont peut-être les plus frappantes au sens propre. Elles passent de main en main, traversent les frontières, s’accumulent dans les trésors. Un gouvernement qui grave un nom sur une pièce d’argent lui accorde une légitimité absolue.
Au XVIIe siècle, plusieurs États et villes du Saint-Empire romain germanique ont fait frapper des thalers (grandes pièces d’argent, ancêtres du dollar) portant explicitement le nom JEHOVAH ou le tétragramme hébraïque יהוה, souvent dans un soleil rayonnant au-dessus d’une scène. Ces pièces sont aujourd’hui répertoriées dans les catalogues numismatiques internationaux. En voici quatre exemples précis et vérifiables :
► Thaler de la ville de Magdebourg (Saint-Empire romain germanique). Face principale représentant la vue de la ville, avec au-dessus le nom JEHOVA entouré de rayons. Référence cataloguée sur Numista sous la cote MON. NO. CIV. MAGDEB. Pièce d’argent standard de circulation.
► Thaler de Hesse-Cassel, Guillaume V, dit Weidenbaumtaler (1637). Face représentant un saule battu par la tempête, la foudre et les nuages, avec en arrière-plan cinq maisons, et au-dessus, le nom rayonnant de Jehovah en hébreu. Légende : WILHELM D.G. LANDGRAVI HASSIAE. La devise est Deo volente humilis levabor (Dieu le voulant, l’humble sera élevé). Référence Numista, N# 196148.
► Thaler de Hesse-Cassel, Guillaume V (1628). Même type iconographique, arbre dans la tempête, soleil rayonnant au-dessus portant JEHOVAH en hébreu. Légende : DEO. VOLENTE. HUMILIS. LEVABOR. Référence Numista KM# 98.
► Thaler de Hesse-Cassel, Guillaume V (1629-1635). Gerbe de blé dans la tempête, iconographie distincte des précédents. Face représentant une gerbe de blé frappée par la foudre, avec au-dessus un soleil rayonnant portant le tétragramme hébreu יהוה (Jéhovah). Légende : IEHOVA VOLENTE HUMILIS LEVABOR. Référence catalogue : KM# 115, N# 60471, atelier de Cassel. Pièce d’argent standard, ⌀ 44 mm.
Ces quatre pièces ne sont pas des curiosités marginales. Elles circulent dans le Saint-Empire au moment de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), période de violents conflits religieux. Qu’un landgrave protestant grave le nom de Jéhovah sur ses monnaies d’argent pour affirmer sa foi et sa dépendance envers Dieu est un témoignage saisissant ! À l’époque où ces pièces circulent, le nom Jéhovah est le nom normal, naturel et assumé du Dieu de la Bible.
Ces monnaies sont consultables dans les catalogues numismatiques internationaux (Numista, NGC, Krause-Mishler). Leur existence prouve que le nom Jéhovah était connu et gravé officiellement dans le métal par les autorités civiles et religieuses de l’Europe du XVIIe siècle.


DEUX TÉMOINS DU XIXe SIÈCLE À PART ENTIÈRE


Au-delà des dictionnaires et des grandes œuvres, deux figures françaises méritent une mention spécifique, car elles illustrent que le nom Jéhovah transcendait les frontières confessionnelles.

1 – J. Lesguillon
J. Lesguillon publie en 1861 chez Arnauld de Vressé (Paris) un recueil intitulé ‘Les couronnes académiques‘ (402 pages), qui contient le poème ‘Le procès de Jéhovah’. Ce titre poétique au XIXe siècle confirme que le nom était d’un usage littéraire normal, sans connotation sectaire.

2 – Louis Bertrand
En 1893, Louis Bertrand soutient à la faculté de théologie de Montauban une thèse intitulée ‘Jésus, le serviteur de Jéhovah‘ (Imprimerie J. Franié, 76 pages). Ce titre de thèse universitaire, dans une institution académique reconnue, montre que le nom Jéhovah était non seulement admis mais jugé approprié dans le cadre de la recherche théologique française de la fin du XIXe siècle.


CONCLUSION


De 1278 à 1935, le nom Jéhovah traverse sept siècles d’histoire européenne sans discontinuer. À partir du XVIIe siècle, ce nom franchit les frontières de l’Europe et accompagne la diffusion du christianisme protestant sur l’ensemble du globe. Il apparaît :
► dans les manuscrits médiévaux catholiques (Martini, 1278 ; Porchetus, 1303),
► dans les Bibles de la Réforme en six langues au moins (anglais, français, espagnol, italien, allemand, néerlandais),
► dans les dictionnaires officiels de la langue française (Académie française 1694 et 1762, Trévoux 1771),
► dans les traductions bibliques nationales qui ont façonné des continents entiers (Staten Vertaling néerlandaise 1637, Bible d’Almeida portugais 1681, Reina-Valera espagnole 1602),
► dans la première Bible imprimée en langue amérindienne (Eliot, 1663, pour les Algonquins d’Amérique du Nord),
► dans les œuvres des plus grands compositeurs baroques et romantiques (Purcell, Haendel, Mendelssohn),
► dans un hymne traduit en soixante-quinze langues et chanté dans le monde entier (Williams, 1745/1771),
► dans la grande littérature mondiale (Milton, Hugo, Melville, Agrippa d’Aubigné),
► dans les encyclopédies nationales (Larousse XIXe siècle),
► dans les dictionnaires catholiques officiels (Vigouroux, Calmet, Dictionnaire de Théologie Catholique),
► dans les édifices religieux les plus emblématiques d’Europe (Saint-Sulpice, cathédrale de Cologne),
► dans les ouvrages de théologiens catholiques imprimés avec approbation ecclésiastique (Drach, Berthe),
► dans la presse catholique officielle jusqu’en 1935 (revue Jérusalem),
► dans les monnaies d’argent du Saint-Empire (thalers de Hesse-Cassel et Magdebourg, XVIIe siècle).
Cette continuité de sept siècles précède de loin l’existence des Témoins de Jéhovah (fondés vers 1872). Elle couvre catholiques, protestants, académiciens, poètes, musiciens, juristes, philologues et lexicographes. Elle traverse la Réforme, la Contre-Réforme, les Lumières, le positivisme du XIXe siècle et les premiers décennies du XXe siècle. Elle s’étend de l’Europe au Nouveau Monde, de l’Asie du Sud-Est aux côtes de l’Atlantique.

Le nom Jéhovah n’est pas la propriété d’une confession. C’est le nom historique du Dieu de la Bible dans la culture chrétienne mondiale. Il n’a jamais été contesté avant la seconde moitié du XXe siècle — précisément au moment où les Témoins de Jéhovah se développaient. Cette coïncidence chronologique invite à poser la question que les institutions religieuses concernées n’ont jamais répondu : pourquoi avoir renoncé à un nom que l’on utilisait soi-même depuis sept siècles ?
La réponse que les faits suggèrent n’est pas philologique. Elle est institutionnelle. C’est pourquoi les preuves matérielles, fresques, vitraux, dictionnaires, partitions, Bibles imprimées, monnaies, ont une valeur que les arguments d’autorité ne peuvent pas effacer.

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